Or et matières précieuses : est-ce le moment d’investir ?
Le métal jaune a fini l’année 2024 en hausse de 34 %. Si l’on prend un peu de recul, c’est depuis la pandémie du Covid-19 que le cours de l’or ne cesse de progresser. Il valait 1 300 $ l’once en 2018 ; il en vaut 2 890 $ aujourd’hui. Comment expliquer cette forte hausse après une décennie où il stagnait un peu au-dessus de 1 200 $ ?
Surnommée la « valeur refuge » par excellence, l’or évolue très souvent à contre-courant des marchés financiers. C’est un produit d’investissement très sensible aux événements géopolitiques et économiques.
Les évènements des dernières années (la guerre d’Ukraine, la faillite du Crédit Suisse, le conflit au Moyen-Orient, les soubresauts politiques aux États-Unis et en Europe) ont renforcé les inquiétudes des investisseurs particuliers, entreprises et états. Ils ont généré des achats importants d’or, ce qui a entraîné la hausse de ce métal précieux.
Et pour demain ? Personne ne peut déterminer avec certitude les évènements géopolitiques des prochains mois et années. Les foyers de tensions sont nombreux autour de la planète (Ukraine, Moyen-Orient, Taiwan, Afrique…). La fin de la guerre en Ukraine devrait logiquement soulager les marchés. A contrario, un élargissement du conflit ou une action de la Chine vis-à-vis de Taiwan engendrerait immédiatement des conséquences destructrices sur les bourses mondiales. La guerre économique lancée par Donald Trump est également un facteur déstabilisant fort sur les échanges commerciaux et les principales économies des principales puissances dans le monde.
Dans ce cadre, diversifier une partie de son patrimoine dans l’or et les métaux précieux peut avoir du sens.
Quelques conseils pour un 1er investissement
Privilégier un horizon à long terme. La réalisation d’une plus-value à court terme est toujours incertaine. Vous pourriez même avoir à revendre votre or à un cours inférieur à celui auquel vous l’avez acheté. De plus, le taux de fiscalité sur l’éventuelle plus-value est dégressif à partir de la 3ème année. Il est donc important de n’y investir que les sommes dont on n’a pas besoin dans un futur proche.
Or physique ou or papier ? L’or physique répond à une épargne de précaution de long terme ; l’or papier relève davantage d’une quête de rendement à court terme. La détention d’or physique est privilégiée par les Français qui apprécient le fait de le détenir et le sentiment de pouvoir l’échanger dans les périodes les plus difficiles. L’or papier s’apparente à un actif financier classique comme une action ou une obligation qui s’échange sur les marchés financiers.
Se familiariser avec la notion de « prime ». La prime correspond à la différence entre le prix de l’or contenu dans une pièce et le prix auquel celle-ci est négociée. Des pièces ayant la même quantité d’or peuvent avoir des valeurs différentes. Cela dépend de la qualité de la fabrication, l’état de conservation, la rareté de la pièce, le pays d’origine et naturellement l’offre et la demande. Il est donc important de privilégier les pièces les plus recherchées.
Lingot, lingotin ou pièces ? Le choix dépendra naturellement du montant de votre investissement. Un lingot d’or d’un kilo vaut environ 90 000 € alors qu’un 10 Francs Napoléon vaut environ 300 €. L’idéal est de diversifier votre investissement. Les pièces d’or sont les plus liquides et les plus adaptées à des reventes partielles.
Intégrer la notion de stockage dans votre réflexion. La conservation de l’or physique est un élément à prendre en compte dans votre réflexion. Plusieurs solutions s’offrent à vous : installer un coffre chez vous pour stocker votre or, louer un coffre dans votre agence bancaire, utiliser le gardiennage de sociétés spécialisées.
La fiscalité des monnaies précieuses
Pour comprendre les régimes fiscaux applicables aux matières précieuses, il est nécessaire de comprendre quels sont les produits qui relève de l’investissement. En effet, tous les produits en or ou argent ne sont pas soumis aux mêmes taxes.
Les produits de la catégorie Investissement sont les suivants :
– les lingots dont le poids doit être strictement supérieur à 1 gramme et leur pureté au moins égale à 990/1000.
– les pièces de monnaies en or dont la pureté doit être égale ou supérieure à 900/100. Elles doivent avoir été frappées après 1800, été en circulation dans leur pays d’origine et la prime ne doit pas excéder 80 % de leur poids en or. La prime correspond à l’écart entre la valeur de la pièce et celui de son poids en or. La liste 2019 publiée par la Commission Européenne reprend l’ensemble des pièces d’or d’investissement.
– les pièces de monnaie en argent postérieures à 1800 entrent également dans la catégorie des métaux précieux d’investissement.
A contrario, les pièces de monnaie antérieures à 1800 sont considérées comme objets de collection. Elles disposent d’un régime fiscal particulier.
Imposition sur l’achat et la détention
Conformément aux dispositions du Code Général des Impôts, les produits relevant de l’or d’Investissement ne sont pas soumis à la TVA lors de l’acquisition. Par contre, l’achat d’argent est lui soumis à la TVA.
Imposition sur la revente
Il y a deux régimes possibles au choix quand vous vendez de l’or et/ou de l’argent d’investissement :
– La taxe forfaitaire sur les métaux précieux. Elle est de 11,5 % sur le montant total de la transaction (11 % d’impôts et 0,5 % de CRDS).
– La taxe sur les plus-values. Elle est de 36,2 % (19 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux) de la plus-value pendant les deux premières années suivant la date d’achat. Elle est ensuite dégressive à hauteur de 5 % par an pour devenir complètement nulle après 22 ans de détention.
Condition : pour bénéficier de ce régime avantageux, il est nécessaire de présenter au moment de la vente un justificatif de propriété nominatif (facture d’achat, acte notarié…), définissant parfaitement les pièces et lingots concernés (n° de série et de scellés) et justifiant de la valeur des biens de l’acquisition et/ou de l’entrée en
possession.
Chaque produit doit être identifié de manière individuelle. En cas de non-présentation des justificatifs d’achat ou d’absence de scellé, le régime de la taxe sur la plus-value ne pourra être appliqué. C’est la taxe forfaitaire sur les métaux précieux qui sera obligatoirement appliquée.
En conclusion, comme chaque fois que nous nous rencontrons, je vous rappelle que le meilleur conseil pour une gestion patrimoniale équilibrée et performante dans le temps est la diversification. Au regard de la situation géopolitique actuelle et probablement future, cet adage est encore plus d’actualité.
Par Patrick BUTTEAU
Découvrez ses ouvrages sur le site des Editions Arnaud Franel